Une information doit d’abord être perçue avant de pouvoir être comprise et traitée. Les personnes avec un handicap physique, cognitif ou sensoriel ont des exigences particulières en matière de conception graphique des informations : une police lisible et des contrastes marqués pour les personnes malvoyantes, un texte bien structuré en langage facile pour les personnes avec des difficultés d’apprentissage, un arrière-plan sobre sans animations clignotantes pour les personnes neurodivergentes. Il n’existe pas de mise en page qui convienne à tout le monde à la fois, mais des cadres de référence permettent d’orienter les choix de conception. Cet article présente ces cadres et des exemples concrets d’application.
Bon à savoir
Chaque conception doit être inclusive et éviter les images et symboles stéréotypés. Ne pensez pas seulement aux illustrations, mais aussi au langage.
Sept principes appliqués à l’information
Les sept principes du design universel s’appliquent aussi à la conception d’informations imprimées et numériques :
- Perceptibilité des informations : police sans sérif, contraste élevé, textes alternatifs, sous-titres.
- Utilisation simple et intuitive : structure claire, ordre de lecture logique, langage compréhensible.
- Utilisation équitable : l’information n’est pas transmise uniquement par la couleur mais aussi par le texte ou le braille ; sous-titres et audiodescription pour le numérique.
- Flexibilité d’utilisation : plusieurs manières d’accéder au contenu (texte, code QR, audio, vidéo).
- Tolérance à l’erreur : messages d’erreur clairs, fonction « annuler », mises en page sans ambiguïté.
- Taille et espace pour l’approche et l’utilisation : typographie et mise en page claires, design réactif.
- Faible effort physique : boutons suffisamment grands, contenus accessibles avec peu d’interactions.
Trois approches du design accessible
Le design pour tous
Le design pour tous (« design for all ») est un concept répandu en Europe, qui vise à concevoir des produits, services et infrastructures accessibles sans adaptation individuelle. Il va au-delà du design universel et du design inclusif en impliquant davantage les utilisateurs dans le processus de création et en tenant compte de l’orientation marché (conception et distribution). La Déclaration de Stockholm de l’EIDD (2004) le définit comme « la conception pour la diversité humaine, l’inclusion sociale et l’égalité », une démarche qui exige l’implication des utilisateurs finaux à chaque étape du processus de conception.
Le design inclusif
Le design inclusif reconnaît et prend en compte la diversité des personnes dans leurs besoins et circonstances de vie, indépendamment de l’âge, du genre, de l’origine ou des capacités. Il implique une participation active de différents groupes d’utilisateurs à la conception, sans viser une solution unique : l’objectif est d’offrir à tous une expérience d’utilisation comparable, quitte à proposer des variantes adaptées.
Le design universel
Le design universel est une approche globale de la conception, développée par l’architecte Ronald L. Mace et son équipe dans les années 1980 aux États-Unis, au Center for Universal Design de la Caroline du Nord. L’objectif est de concevoir des produits, des services et des environnements utilisables par tout le monde, simples et si possible sans adaptation. L’article 2 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (2006) définit la conception universelle comme la conception de produits, d’équipements, de programmes et de services pouvant être utilisés par tous, dans toute la mesure du possible, sans nécessiter ni adaptation ni conception spéciale, sans exclure pour autant les dispositifs d’assistance nécessaires à certaines catégories de personnes handicapées.
Des principes aux choix concrets
Au-delà des cadres conceptuels, quelques choix concrets font une réelle différence dans la pratique du design accessible :
- Contraste : le contraste ne se juge jamais pour une couleur seule, mais dans sa relation avec une autre. Un texte courant doit atteindre un contraste d’au moins 4,5:1 avec son arrière-plan, et les éléments interactifs (boutons, icônes) au moins 3:1.
- Typographie : préférer des polices sans empattement où les caractères se distinguent bien les uns des autres, comme le I majuscule et le l minuscule, éviter les textes centrés et les longs passages entièrement en majuscules.
- Icônes : les accompagner d’un intitulé texte, leur donner une taille suffisante, au moins 24 par 24 pixels et idéalement 44 par 44, et un contraste minimal de 3:1.
- Images : donner une alternative textuelle à chaque image porteuse d’information, éviter d’y superposer du texte, et ne jamais utiliser une image de fond pour transmettre une information qui ne pourrait pas être décrite autrement.
- Couleur : ne jamais faire reposer la compréhension d’une information sur la seule couleur, pour tenir compte des personnes daltoniennes.
- Animations : limiter leur durée à 5 secondes maximum, éviter plus de trois clignotements par seconde, et toujours proposer un moyen de les arrêter.
- Formats alternatifs : proposer, en complément du texte, des vidéos, podcasts ou infographies pour s’adapter à différents besoins et façons d’apprendre.
Le design accessible reste aussi une démarche continue : tester régulièrement l’accessibilité, de façon automatisée et manuelle, former les équipes aux besoins des différents publics, et prendre en compte les retours des utilisateurs et utilisatrices permettent d’améliorer un projet dans la durée.
Sources
- Barrierefreies Design: 10 Tipps aus der Praxis, Format H
- Barrierefreies Design: So fängst du an!, Gehirngerecht Digital
- Mise en page et design, Akzent.lu
- Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, ONU
- The EIDD Stockholm Declaration 2004, EIDD, Design for All Europe







