L'accessibilité au Luxembourg

Lecteur d’écran et technologies d’assistance: mon site web est-il conforme?

1,3 milliard de personnes dans le monde – 1 sur 6 selon l’OMS – vivent avec un handicap significatif. Pourtant, beaucoup utilisent des technologies d’assistance que la plupart des concepteurs de sites n’ont jamais testées.

Lecteur d’écran, clavier braille, logiciel de grossissement, synthèse vocale : pour leurs utilisateurs, ces technologies d’assistance sont le seul moyen d’accéder à internet. Au Luxembourg, la loi du 28 mai 2019 impose déjà l’accessibilité numérique au secteur public. De plus, la loi de 2023 étend ces obligations à de nombreux produits et services numériques. Ignorer ces outils revient donc à fermer
la porte à une partie de votre public.

Dans cet article, nous expliquons ce que sont ces technologies et comment elles interagissent avec votre site. Nous verrons aussi ce que cela implique concrètement pour la conception de vos contenus numériques.

Qu’est-ce qu’une technologie d’assistance ?

Une technologie d’assistance (ou aide technique) est tout dispositif matériel ou logiciel qui permet à une personne en situation de handicap d’accéder à l’information numérique. On distingue par exemple plusieurs grandes familles.

Les lecteurs d’écran

Un lecteur d’écran (ou screen reader) est un logiciel qui restitue le contenu d’une application sous forme vocale ou en braille. Il permet aussi l’interaction avec un ordinateur ou un smartphone. La personne n’utilise donc pas de souris : elle navigue uniquement au clavier, d’un endroit de l’écran à un autre. Sur les pages web, elle se déplace par exemple de titre en titre, de lien en lien, ou de ligne en ligne.

Les lecteurs d’écran les plus répandus sont :

  • JAWS (Windows, payant) – leader historique en environnement professionnel
  • NVDA (Windows, gratuit) – très utilisé, en progression constante
  • VoiceOver (Apple macOS et iOS, intégré) – majoritaire sur mobile
  • TalkBack (Android, intégré) – standard sur les appareils Android

Selon une étude menée auprès d’utilisateurs francophones (Belgique, France, Luxembourg, Québec, Suisse), JAWS reste en tête sur ordinateur avec 45 % des utilisateurs, devant NVDA à 29 %. Sur mobile en revanche, VoiceOver domine avec plus de 78 % d’utilisation.1

Navigation au clavier ≠ navigation au lecteur d’écran. C’est une confusion fréquente. Un utilisateur clavier voit le contenu à mesure qu’il se déplace. Un utilisateur de lecteur d’écran, lui, n’entend que l’élément que
son focus occupe. Il dispose en effet de commandes dédiées pour parcourir les titres, les listes, les tableaux et les champs de formulaire, indépendamment du focus clavier. Cela signifie donc que la structure sémantique de votre HTML est le vrai squelette de l’accessibilité.

Les afficheurs et claviers braille

Plus de la moitié des utilisateurs de lecteurs d’écran utilisent également le braille avec leur logiciel2. Un afficheur braille (ou plage braille) est un périphérique qui transcrit le texte de la page en caractères braille tactiles, ligne par ligne. Un clavier braille permet, quant à lui, de saisir du texte sans vue. Ces dispositifs fonctionnent d’ailleurs en lien direct avec le lecteur d’écran.

Les logiciels de grossissement et de synthèse vocale

Les personnes malvoyantes utilisent souvent des logiciels de grossissement (ZoomText, Magnifier intégré à Windows) qui peuvent agrandir l’affichage jusqu’à 400 %, voire plus. À ce niveau de zoom, un site mal conçu devient inutilisable : le texte déborde, les boutons disparaissent, la navigation horizontale devient
épuisante.

La synthèse vocale (text-to-speech) permet de faire lire un texte à haute voix. On la retrouve dans tous les systèmes d’exploitation modernes et dans la plupart des navigateurs. Des outils dédiés comme Sproochmaschinn.lu, la plateforme du Centre pour la langue luxembourgeoise, proposent même cette fonction pour les textes en luxembourgeois.

La reconnaissance vocale (speech-to-text)

À l’inverse, la reconnaissance vocale permet de dicter du texte et des commandes au lieu de les taper. Elle est précieuse pour les personnes ayant des limitations motrices. Des outils comme LuxASR, que l’Université du Luxembourg a développé, offrent cette fonctionnalité en langue luxembourgeoise.


Pourquoi ces outils imposent des exigences précises à votre site

Comprendre les technologies d’assistance, c’est comprendre pourquoi l’accessibilité ne se résume pas à un « mode accessible » ou à un widget overlay ajouté après coup. Ces outils lisent en effet votre code : s’il manque de structure, ils échouent, et l’utilisateur avec eux.

Un HTML sémantique correct : la base de tout

Un lecteur d’écran ne voit pas que vos titres utilisent une police de caractère plus grande. Il lit les balises <h1>, <h2>, <h3>. Si vous mettez vos titres en forme avec du CSS plutôt qu’avec des balises appropriées, ils restent invisibles pour lui. Il en va de même pour les listes, les boutons et les landmarks ARIA.

Conséquence pratique : un site visuellement impeccable peut être totalement inaccessible à un lecteur d’écran si la structure HTML est déficiente.

Les liens et boutons doivent avoir un sens hors contexte

Un lecteur d’écran peut lister tous les liens d’une page. Si vos liens s’appellent « cliquez ici » ou « en savoir plus » sans contexte, la liste devient incompréhensible. Chaque lien doit donc décrire sa destination, et chaque bouton, son action.

Les formulaires : un point critique

Chaque champ de formulaire doit porter une étiquette claire. Sans étiquette, le lecteur d’écran annonce « champ de saisie » et l’utilisateur ne sait pas quoi y écrire. C’est donc une barrière directe à la souscription d’un service, à une prise de contact ou à un achat en ligne.

Le zoom jusqu’à 400 % : une exigence WCAG

Les normes WCAG 2.1, que reprennent la norme européenne EN 301 549 et le référentiel luxembourgeois RAWeb, imposent que le contenu reste lisible et utilisable à 400 % de zoom sans défilement horizontal excessif. Un site en largeur fixe échoue donc systématiquement à ce critère.

Les langues déclarées : deux attributs qui changent tout

Un lecteur d’écran adapte sa synthèse vocale à la langue de la page. Si votre page est en français mais que l’attribut lang indique en (anglais), le contenu sera prononcé en anglais et deviendra inintelligible. Ce type d’erreur, pourtant minime en apparence, rend donc un site inaccessible du jour au lendemain.


Ce que cela change pour votre organisation au Luxembourg

Vous êtes peut-être soumis à une obligation légale

Au Luxembourg, deux lois encadrent l’accessibilité numérique :

  • La loi du 28 mai 2019 oblige l’État, les communes et les organismes de droit public (dont de nombreuses ASBL financées majoritairement par des fonds publics) à se conformer aux normes WCAG 2.1 niveau AA.
  • La loi du 8 mars 2023 (transposition de l’European Accessibility Act) étend ces obligations à de nombreux produits et services : e-commerce, banque en ligne, transport, communications électroniques.

La conformité implique donc directement la compatibilité avec les technologies d’assistance. Un site conforme WCAG 2.1 AA fonctionne avec les lecteurs d’écran, les claviers braille et les logiciels de grossissement. L’un ne va pas sans l’autre.

Vous élargissez votre audience réelle

En Europe, 87 millions de personnes vivent avec un handicap3, soit au moins un adulte sur quatre. Au Luxembourg, entre 15 % et 20 % de la population est concernée directement. À cela s’ajoutent les personnes âgées et les utilisateurs de smartphones dans des conditions difficiles. Tous bénéficient également d’une navigation plus claire et mieux structurée.

Un site compatible avec les technologies d’assistance est un site meilleur pour tous les utilisateurs.

Vous renforcez votre crédibilité et votre image

Intégrer l’accessibilité dès la conception plutôt que de la déléguer à une solution tierce, c’est une marque de qualité et de responsabilité sociale. C’est aussi le modèle que recommandent les experts : l’accessibilité intégrée est plus robuste et moins coûteuse à maintenir. Elle profite en outre à l’ensemble des utilisateurs, pas seulement à ceux qui en ont le plus besoin.

Vous réduisez les risques de sanction

L’OSAPS (Office de Surveillance de l’Accessibilité des Produits et Services) surveille la conformité des entreprises privées et peut infliger des sanctions en cas de non-respect. Pour le secteur public, le Service Information et Presse (SIP) remplit le même rôle.


FAQ – Technologies d’assistance et accessibilité numérique

Qu’est-ce qu’un lecteur d’écran exactement, et qui l’utilise ?

Un lecteur d’écran est un logiciel qui vocalise ou transcrit en braille le contenu affiché à l’écran. Les personnes aveugles ou malvoyantes l’utilisent principalement, mais certaines personnes dyslexiques ou ayant des difficultés de lecture y ont recours aussi. Il fonctionne avec le clavier : l’utilisateur navigue dans la page grâce à des raccourcis dédiés. Ces raccourcis permettent d’atteindre les titres,
les liens, les formulaires ou les régions de la page. NVDA et JAWS dominent sur Windows ; les appareils Apple intègrent VoiceOver.

Mon site est-il obligé d’être compatible avec les lecteurs d’écran au Luxembourg ?

Si votre organisation est une administration publique, une commune ou une ASBL majoritairement financée par des fonds publics, la réponse est oui depuis la loi du 28 mai 2019. Pour les entreprises privées en revanche, la loi de 2023 (EAA) impose la compatibilité pour un périmètre précis de services : e-commerce, banque en ligne, transport, communications électroniques. Dans tous les cas, la conformité WCAG 2.1 AA reste le standard de référence au Luxembourg, via le référentiel RAWeb, car elle garantit la compatibilité avec les technologies d’assistance.

La compatibilité avec un lecteur d’écran est-elle difficile à mettre en place ?

Pas si l’on y pense dès la conception. Les erreurs les plus fréquentes sont simples à éviter : balises de titre mal utilisées, images sans texte alternatif, formulaires sans étiquettes, liens sans intitulé clair. Si vous concevez un site avec une structure HTML sémantique correcte, il devient naturellement compatible avec les
lecteurs d’écran. Le vrai défi apparaît donc lorsqu’on tente de rendre accessible un site déjà conçu sans ces bases : le rattrapage coûte toujours plus cher.

Qu’est-ce que le braille a à voir avec mon site web ?

Un afficheur braille est un périphérique qui reçoit les informations du lecteur d’écran et les affiche sous forme de caractères braille tactiles. Plus de la moitié des utilisateurs de lecteurs d’écran l’utilisent en parallèle. Pour votre site, cela ne change donc rien techniquement : si vous structurez bien votre code pour un lecteur d’écran, il fonctionne aussi avec un afficheur braille. C’est le même principe : votre structure HTML parle directement à la technologie d’assistance.

Comment savoir si mon site est compatible avec les technologies d’assistance ?

Plusieurs approches sont complémentaires. Les outils automatiques comme WAVE ou axe DevTools repèrent les erreurs les plus communes : contrastes insuffisants, images sans alternative, etc. Mais un test manuel avec un vrai lecteur d’écran reste indispensable, car certains problèmes échappent aux outils automatiques. C’est le cas d’un ordre de lecture incohérent, d’un focus invisible ou de comportements dynamiques mal gérés : seule une navigation réelle les détecte. Le référentiel RAWeb, utilisé au Luxembourg, offre un cadre d’évaluation structuré et exhaustif.

Est-ce que la synthèse vocale et la reconnaissance vocale concernent aussi mon site ?

Oui, indirectement. La synthèse vocale (text-to-speech) lit le contenu de votre site : elle dépend donc de la qualité de votre structure HTML et de la langue correctement déclarée. La reconnaissance vocale (speech-to-text), elle, sert à naviguer et à interagir. Si vos boutons et liens n’ont pas de nom accessible, les commandes vocales ne peuvent pas les cibler. Dans les deux cas, un code propre et sémantique résout la grande majorité des problèmes.

Puis-je former mon équipe à ces technologies d’assistance ?

Absolument, et c’est même recommandé. Une équipe qui comprend comment fonctionne un lecteur d’écran rédige des textes alternatifs plus pertinents et structure ses contenus plus clairement. Elle maintient ainsi la conformité dans le temps, sans dépendre d’un prestataire externe pour chaque modification.

Les technologies d’assistance fonctionnent-elles aussi sur mobile ?

Oui. VoiceOver (iOS) et TalkBack (Android) sont les deux lecteurs d’écran mobiles les plus utilisés. VoiceOver représente d’ailleurs plus de 78 % des usages sur smartphone selon les études francophones disponibles. Le référentiel RAAM (Référentiel d’évaluation de l’Accessibilité des Applications Mobiles) fixe les critères au Luxembourg pour les applications mobiles, dans la même logique que le RAWeb pour les sites web.


Conclusion : rendre votre site lisible par tous, c’est votre responsabilité

Les technologies d’assistance ne sont pas des cas marginaux. Elles représentent le seul moyen pour des millions de personnes d’accéder à l’internet. Au Luxembourg, la loi vous impose de les prendre en compte. Et au-delà de la loi, c’est une question d’engagement envers votre public.

Un site compatible avec un lecteur d’écran et les autres aides techniques n’est pas un site « spécial accessibilité » : c’est simplement un bon site, bien structuré, pensé pour tous.

Références

  1. WebAIM, Screen Reader User Survey #10, février 2024 — 1 539 répondants, dont ~30 % d’Europe.↩︎

  2. Étude access42 / Fédération des Aveugles de France (2018) : « Plus de la moitié des répondants (51 %) ont indiqué utiliser le braille avec leur lecteur d’écran. » Source : document Articles du blog access42 sur les technologies d’assistance, section « Enquête internationale sur l’usage des technologies d’assistance ».↩︎

  3. Commission européenne, Together for Rights, https://op.europa.eu/webpub/empl/together-for-rights/de/↩︎