L'accessibilité au Luxembourg

Le principe de la redondance sensorielle : pourquoi communiquer par au moins deux sens

Le principe de la redondance sensorielle, aussi appelé « principe des deux sens » ou « principe de la redondance multimodale », est l’une des règles de base de la communication accessible. Il consiste à transmettre une même information par au moins deux canaux sensoriels différents : la vue, l’ouïe et le toucher. Les personnes qui n’entendent pas ou ne voient pas bien peuvent ainsi y accéder quand même. On retrouve ce principe partout : un feu de circulation qui émet aussi un signal sonore, une vidéo sous-titrée, une alarme accompagnée d’un signal visuel. Il s’applique à la signalétique urbaine comme aux contenus numériques. La législation luxembourgeoise sur l’accessibilité des lieux ouverts au public l’inscrit même dans ses textes. Nous vous expliquons ici ce que recouvre ce principe et comment il se traduit concrètement.

Le principe des deux sens : une même information par au moins deux canaux

Le principe de la redondance sensorielle est un principe fondamental de la communication accessible, aussi appelé principe de la redondance multimodale. En allemand, on parle de « Zwei-Sinne-Prinzip », littéralement « principe des deux sens ». Ce principe impose de publier une information via au moins deux canaux sensoriels différents. Les personnes qui n’entendent ou ne voient pas bien peuvent ainsi la percevoir et la comprendre quand même. Le principe prend en compte les sens de l’ouïe, de la vue et du toucher. Une information visuelle doit par exemple aussi prendre une forme auditive ou tactile, et inversement.

Concrètement : comment appliquer ce principe ?

Ce principe devrait s’appliquer à toute forme de communication.

Dans les médias numériques

Les contenus numériques doivent également respecter ce principe. Les contenus auditifs ont besoin d’une alternative visuelle, et les contenus visuels ont besoin d’une alternative auditive ou tactile. Voici quelques exemples :

  • Sous-titrage des vidéos
  • Vidéos en langue des signes
  • Signaux visuels en complément des alertes sonores
  • Transcriptions pour les podcasts
  • Audiodescriptions pour les vidéos
  • Textes alternatifs pour les images, accessibles de manière auditive via un lecteur d’écran
  • Descriptions textuelles pour les diagrammes, graphiques et tableaux
  • Signaux haptiques (vibrations) dans les applications mobiles
  • Compatibilité avec les plages braille grâce à un balisage HTML sémantique

Ces pratiques rejoignent les critères de succès des Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) du W3C. Ces critères exigent notamment des sous-titres pour les contenus audio préenregistrés et une audiodescription pour les contenus vidéo préenregistrés.

Dans la communication orale

Pour garantir une plus grande participation, la communication orale devrait aussi prendre une forme visuelle. Voici quelques exemples :

  • Interprétation en langue des signes
  • Transcription écrite en direct
  • Version écrite des conférences et présentations

Dans la communication visuelle

  • Pour faciliter l’orientation, toute signalisation visuelle devrait aussi exister sous forme tactile ou acoustique. Les feux de circulation peuvent émettre des signaux sonores. Les panneaux d’information peuvent aussi intégrer des éléments tactiles, des inscriptions sur les mains courantes ou des aides à l’orientation sonores.
  • On peut rendre les textes imprimés sur papier accessibles à l’aide de codes QR renvoyant vers une version audio qui lit le texte à voix haute. Les informations en braille ou les graphiques tactiles constituent également des alternatives utiles.

Une exigence désormais inscrite dans la loi luxembourgeoise

Au Luxembourg, la loi du 7 janvier 2022 sur l’accessibilité à tous des lieux ouverts au public, des voies publiques et des bâtiments d’habitation collectifs repose sur le principe de la conception universelle. Ce principe vise à concevoir des espaces utilisables par toutes et tous, y compris les personnes à mobilité réduite ou malvoyantes. La loi prévoit notamment que les éléments d’information et de signalisation destinés aux visiteurs forment une chaîne continue et cohérente. Cette chaîne doit se maintenir tout au long d’un cheminement. Elle impose aussi de coupler tout système d’alarme présent dans un lieu ouvert au public à un dispositif à la fois sonore et visuel. Ce dispositif doit rester perceptible dans l’ensemble des espaces accessibles au public. Cette loi, entrée en vigueur le 1er juillet 2023, traduit directement le principe de la redondance sensorielle dans le droit luxembourgeois.